Avant de partager une vidéo d'inondation ou de tempête, consultez d'abord les sources officielles — Météo-France (Vigilance) et votre préfecture sont la référence. Ensuite, faites une recherche d'image inversée sur les clips suspects, repérez les signes d'IA comme une physique de l'eau irréaliste ou des bâtiments déformés — mais ne vous y fiez pas seul, car les modèles d'IA récents réussissent souvent ce test — et vérifiez si les images sont recyclées d'une catastrophe précédente. Tout le processus prend environ 30 secondes.
Quand une inondation ou une tempête menace, votre fil d'actualité se remplit d'images alarmantes avant même que la situation n'atteigne son pic. Certaines sont réelles. Certaines ont été générées par l'IA. Et certaines sont des vidéos vieilles de plusieurs années d'un événement complètement différent, recyclées comme si elles se passaient maintenant. Les distinguer prend environ 30 secondes — et cela importe plus qu'on ne le pense : de fausses consignes d'évacuation ont provoqué une vraie panique, et les arnaques aux dons suivent immanquablement les grandes catastrophes en quelques heures.
Pourquoi ce problème s'aggrave à chaque saison
Les outils d'IA pour la vidéo et l'image ont rendu beaucoup moins coûteuse et plus rapide la génération de séquences de catastrophes convaincantes — et les modèles les plus récents ont rendu les indices visuels de l'étape 3 ci-dessous moins fiables qu'avant. Des outils comme Veo 3.1 de Google ou Sora 2 d'OpenAI produisent désormais une physique de l'eau et des objets réaliste, avec un son natif parfaitement synchronisé. Cela signifie qu'un clip peut réussir une vérification visuelle rapide tout en étant entièrement faux — c'est exactement pourquoi vérifier les sources officielles (étape 1) et faire une recherche d'image inversée (étape 2) comptent plus que le simple coup d'œil.
Ce n'est pas seulement un problème d'IA, et ce n'est pas nouveau non plus. Lors des inondations survenues dans le Pas-de-Calais (notamment à Blendecques) durant l'hiver 2023-2024, la colère des habitants s'est cristallisée en ligne autour d'accusations largement infondées visant « les écologistes », attisant les tensions politiques locales — un schéma de désinformation qui n'avait besoin d'aucune image truquée pour se répandre. La même dynamique s'observe ailleurs : lors des inondations de 2024 dans la province de Valence en Espagne, de fausses informations en ligne ont accusé la Croix-Rouge de détourner l'aide destinée aux sinistrés.
Étape 1 : vérifiez d'abord les sources officielles
Quand vous voyez des images alarmantes d'inondation ou de tempête, ouvrez une de ces sources officielles avant de les regarder à nouveau ou de les partager :
- Météo-France — Vigilance (vigilance.meteofrance.fr) : La source officielle des alertes météo, avec quatre niveaux de couleur (vert, jaune, orange, rouge), mise à jour en continu.
- Votre préfecture : Dès qu'une vigilance orange ou rouge touche son département, elle diffuse les consignes officielles sur son site et ses réseaux sociaux — c'est là, pas sur les réseaux sociaux d'inconnus, que sont publiées les vraies consignes d'évacuation.
- FR-Alert : En cas de danger immédiat, une alerte arrive directement sur votre téléphone, sans application à installer ni inscription.
- Géorisques (georisques.gouv.fr) : Le portail du gouvernement qui centralise l'information sur les risques naturels et technologiques.
Si la vidéo alarmante que vous regardez n'est mentionnée par aucune de ces sources, c'est votre premier signal que quelque chose ne va peut-être pas.
Étape 2 : faites une recherche d'image inversée sur les images suspectes
La recherche d'image inversée est le moyen le plus rapide de savoir si une photo ou une vidéo est recyclée d'un événement passé.
Pour les photos, Google Images et TinEye permettent de télécharger une image ou de coller une URL pour trouver où elle est apparue en ligne auparavant. Si une image « actuelle » d'inondation apparaît dans des résultats plus anciens ou d'une région complètement différente, vous avez votre réponse.
Pour les clips vidéo, prenez une capture d'écran d'une image caractéristique — une montrant des points de repère, des panneaux ou du texte — et recherchez cette image.
Sur téléphone : appuyez longuement sur une vidéo pour copier son lien, allez sur images.google.com, appuyez sur l'icône appareil photo et collez l'URL.
Étape 3 : repérez les signes visuels de l'IA — mais comme vérification secondaire, pas principale
Les vidéos générées par l'IA sont de plus en plus convaincantes, mais elles font encore des erreurs caractéristiques. Traitez cette étape comme une vérification secondaire : les modèles récents comme Veo 3.1 et Sora 2 réussissent la plupart des tests suivants sur leurs meilleures productions, un clip d'apparence propre n'est donc pas une preuve en soi — les étapes 1 et 2 (sources officielles, recherche d'image inversée) comptent davantage.
Comportement anormal de l'eau. L'eau est vraiment difficile à simuler correctement pour l'IA. Dans une vraie inondation, l'eau se déplace avec une physique réelle — turbulences, débris, remous réalistes. Les inondations générées par IA semblent souvent étrangement lisses, avec des vagues qui se répètent ou une eau qui n'interagit pas de façon réaliste avec les objets alentour.
Bâtiments, panneaux et textes déformés. Les générateurs vidéo IA ont du mal à maintenir une architecture cohérente entre les images. Les fenêtres peuvent se déplacer ou disparaître, les panneaux afficher des lettres illisibles, et les contours des bâtiments vaciller légèrement entre les prises.
Géographie incorrecte. Une vidéo prétendant montrer des inondations dans une région spécifique mais présentant un paysage, une végétation ou un relief qui ne correspond pas est soit fausse, soit mal étiquetée.
Personnes et véhicules déformés. Les personnages générés par l'IA ont souvent des doigts en trop, des membres pliés à de mauvais angles, ou des visages qui deviennent flous en se tournant. Les véhicules peuvent avoir des reflets incohérents ou changer légèrement de forme entre les images.
Trop cinématographique pour des images d'amateur. Les vraies images de catastrophes ressemblent à des vidéos de téléphone — tremblantes, mal éclairées, filmées depuis l'intérieur d'un bâtiment ou d'une voiture. Si un clip semble trop propre, trop bien cadré ou trop dramatiquement éclairé pour ce qui est censé être le jardin de quelqu'un pendant une tempête, regardez de plus près.
Étape 4 : vérifiez si les images sont anciennes et recyclées
De vraies séquences d'événements passés sont constamment recyclées parce qu'elles paraissent dramatiques — et réelles. D'anciennes images de la tempête Alex (Vallée de la Roya, 2020) ou de crues précédentes réapparaissent presque chaque saison.
Recherchez la légende du clip avec le nom de l'événement. Si la même vidéo apparaît étiquetée comme différentes catastrophes selon les années, il s'agit de contenu recyclé.
Recherchez des points de repère locaux. Si vous pouvez identifier un panneau, un nom de commerce ou un bâtiment reconnaissable, une recherche rapide vous dira si cet endroit se trouve même dans la zone touchée.
Vérifiez les indices saisonniers. Des arbres en plein feuillage d'été pendant une tempête hivernale, ou l'inverse, trahissent un tournage à une autre période de l'année.
Votre liste de vérification en 30 secondes avant de partager
Avant de partager une vidéo d'inondation ou de tempête, passez ceci en revue :
- Une source officielle — Météo-France, votre préfecture, Géorisques — dit-elle la même chose ?
- La recherche d'image inversée revient-elle sans résultat d'un autre événement ?
- L'eau et l'environnement se comportent-ils de manière physiquement réaliste ?
- La géographie correspond-elle à l'endroit où se trouve réellement cet événement ?
- Un média sérieux ou un compte officiel confirme-t-il cela ?
Si vous ne pouvez pas répondre oui à la plupart d'entre elles en 30 secondes, attendez avant de partager.
Ce à quoi il faut faire attention
Ces vérifications interceptent la plupart des faux, mais pas tous. Des campagnes de désinformation plus sophistiquées combinent parfois de vraies images d'un vrai événement avec un faux contexte — c'est exactement ce qui s'est produit lors des inondations du Pas-de-Calais, où de vraies difficultés ont servi de terreau à de fausses accusations. La recherche d'image inversée aide, mais n'est pas infaillible.
Méfiez-vous de l'impulsion émotionnelle de partager rapidement. Les vidéos effrayantes sont conçues pour déclencher des réactions rapides et urgentes. Ce sentiment de « les gens doivent savoir cela maintenant » est exactement le moment où il vaut la peine de faire une pause de 30 secondes.
Les arnaques aux dons sont un autre risque : après une catastrophe majeure, de faux comptes caritatifs apparaissent sur les réseaux sociaux en quelques heures. Avant de donner, vérifiez si l'organisation porte le label Don en Confiance (donenconfiance.org) — attribué après un contrôle annuel par le Comité de la Charte du Don en Confiance et garantissant une gestion rigoureuse et transparente des fonds collectés. L'absence du label ne signifie pas automatiquement qu'une association n'est pas sérieuse, mais elle justifie une vigilance accrue face à un appel aux dons découvert sur les réseaux sociaux. Notre guide pour repérer les fausses informations IA et vérifier les faits détaille ce schéma.
Que faire ensuite
Pour un regard plus large sur les vidéos générées par l'IA dans n'importe quel contexte — pas seulement les catastrophes — Comment repérer une vidéo deepfake parcourt les mêmes indices visuels appliqués aux visages et aux séquences d'actualité. Et si vous voulez mieux repérer les images fixes générées par l'IA dans votre fil, Comment savoir si une photo a été créée par l'IA couvre la version photographique de ces vérifications.
Sources
- Vigilance météorologique — Météo-France
- Comprendre la vigilance — Météo-France
- FR-Alert : être informé en temps réel pour mieux se protéger — Ministère de l'Intérieur
- La vigilance — Géorisques
- "Les plateformes ont abandonné" : les réseaux sociaux font exploser la désinformation lors des catastrophes naturelles — Vert
- Le Don en confiance — Don en Confiance



